20/03/08

introduction

C’est un sentiment qu’ont aujourd’hui tous les Belges : la Belgique ne fonctionne plus. Le pays est en crise, on ne cesse de nous le répéter. Une crise qui affecte les citoyens pour des raisons multiples ; après avoir passé six mois sans gouvernement, au ras-le-bol général s’est greffée une inquiétude croissante quant au coût de la vie qui n’a cessé d’augmenter. Sans gouvernement, nos hommes et nos femmes de pouvoir n’ont pas pu réagir à temps pour enrayer cette augmentation, pour prévenir cette nouvelle crise.
Au moins, tant que le peuple tergiversait sur les moyens à mettre en place pour faire face à la diminution du pouvoir d’achat, il oubliait quelque peu le gouvernement intérimaire et son Ministre des Réformes institutionnelles, Yves Leterme.
Car ces six mois de patauge politique laissant le gouvernement inapte à agir pour le bien-être de sa population, ont été finalement résumés un peu partout à l’échec d’un seul homme, Monsieur 800 000 voix, onze Premier.

La Belgique, cœur de l’Europe, semble aux yeux des observateurs internationaux et des investisseurs surtout, bien mal en point ; sa plaie séparatiste s’infecte, il est peut-être temps de changer de sparadrap…
Les défenseurs d’une Belgique unie se sentent désemparés face à l’attaque séparatiste et répondent tantôt par une pétition, tantôt par une marche tricolore. Mais ces initiatives n’ont que très peu de poids et ont aisément été tournées en dérision par leurs détracteurs.
Il faut aujourd’hui comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là pour réagir efficacement. Il faut retourner aux sources du problème, sans quoi au mieux nous commettrons à nouveau les erreurs du passé, à savoir des compromis qui n’ont jamais été utiles qu’à court terme, et qui ont creusé le fossé entre Nord et Sud du pays, au pire nous irons tout droit sinon à une séparation, du moins à une plus grande fédéralisation, qui videra l’Etat de sa substance, au péril de ses citoyens.
C’est pourquoi, j’ai cherché à savoir quels étaient les fondements des velléités séparatistes qui bousculent notre pays.
C’est donc cette volonté de comprendre une situation grave qui nous concerne tous qui guidera ce travail. La volonté aussi d’aller au-delà des images et des écrits, à la recherche d’une réalité cachée. Se rendre compte de cette réalité, c’est refuser les prises de position hâtives, dont on ne mesure jamais assez les conséquences. C’est ne pas jouer le jeu des politiques ni des médias et prendre en mains notre conscience citoyenne.
Néanmoins, il n’appartient à personne de prétendre à la découverte de la réalité et ce travail ne constitue qu’une base élémentaire de réflexion, de remise en question sur notre opinion propre concernant un problème au sujet duquel on nous a beaucoup parlé sans jamais en faire le tour.
Les neuf chapitres de cet ouvrage permettent d’approcher le sujet sous divers angles, car le séparatisme flamand se manifeste sous des aspects très variés et il est nécessaire d’en envisager le plus grand nombre. Chaque chapitre tente d’expliciter un point de vue par une analyse de fond, sans se laisser emporter par des idées préconçues et sans l’intention d’en créer.
Ce travail se réclame le plus complet possible, touchant à une très grande majorité des paramètres qui entrent objectivement en compte dans les causes du séparatisme flamand, sans reculer devant une question qui paraîtrait trop délicate. De plus, de nombreuses digressions permettront de saisir complètement chaque élément pris en compte.
On pourrait parler d’une progression méthodique en terrain miné, miné de tabous, de non-dits, de sentimentalités, de jeux politiques et d’influences médiatiques.

C’est donc bien un outil qui a pour finalité de permettre une franche prise de conscience des subtilités du débat institutionnel actuel, préliminaire à toute démarche honnête de prise d’opinion sur un sujet si complexe.

aperçu historique

Avant la Révolution belge, notre territoire était occupé par les Hollandais. Leur roi Guillaume impose le néerlandais à ses « territoires du Sud ». En 1830, la langue française est très répandue et appréciée auprès de la bourgeoisie et de la noblesse européennes, et ce fut l’évidence même que de proclamer le français unique langue officielle du Royaume de Belgique. Le français ne fut donc pas choisi en faveur des Wallons, qui de toute façon le comprenaient à peine mieux que les Flamands. Il est à noter que ces derniers ne comprenaient pas non plus la langue néerlandaise.
Alors que le petit peuple continuait à communiquer en patois wallons ou flamands, l’élite parlait donc le français, ayant en mains les destinées économiques et politiques du pays ; les bourgeois francophones flamands furent alors traités par les Flamands de Franskiljons (« petits français »). Les Flamands ne se sentaient pas équitablement représentés dans le royaume tant du point de vue culturel que politique.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Flandre est pauvre, voire sous-développée par rapport aux régions voisines, dont la Wallonie en plein essor industriel. C’est d’ailleurs avec des fonds wallons qu’ont été fondées des industries en Flandre, et que s’est développé le port d’Anvers par exemple. Durant cette période, bon nombre de flamands meurent de faim : certains mendient dans les villes, d’autres émigrent en Wallonie ou dans le Nord de la France, d’autres encore partent pour l’Amérique.
En 1898 seulement, le néerlandais est reconnu comme seconde langue officielle nationale. Le Nord du pays a un statut bilingue contrairement au Sud. En 1932, la région flamande est unilingue, alors que la région bruxelloise continue à se franciser. En pratique, l’administration et l’armée restent fortement francophones.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme flamand se renforce : les soldats flamands (majoritaires dans l’armée belge puisque majoritaires dans la population) avaient en effet trouvé dégradant que l’armée fût officiellement restée unilingue francophone. Aujourd’hui, les pèlerins de l’Yser nous le rappellent, sans pour autant être séparatistes : alors que durant la première Guerre Mondiale la Wallonie était occupée par l’armée de l’empire germanique, des troupes flamandes retranchées ont tenu bon, mais étaient dirigées par des francophones : c’est l’illustration du manque de reconnaissance francophone de la valeur du peuple flamand. Ce sentiment est resté dans les esprits, et fait partie de ce qu’on pourrait appeler l’héritage émotionnel des Flamands, majoritaires dans le pays, mais qui ont dû se battre pour faire reconnaître leur identité.
Tout ceci explique pourquoi de nos jours beaucoup de Flamands se sentent davantage flamands que belges.

La première illustration frappante des divergences d’opinion entre Nord et Sud du pays est sans doute le dénouement de la Question Royale en 1950 : en effet, la consultation populaire donne des résultats contraires de part et d’autre de la future frontière linguistique. 72 % des Flamands sont favorables à la reprise en fonctions de Léopold III, alors que 58 % des Wallons et une majorité des Bruxellois y sont opposés. Au final, ces résultats indiquent que 57,68 % des Belges ont voté pour le retour du Souverain : les Flamands se rendent alors compte qu’ils représentent la communauté la plus importante en Belgique ; les Francophones sont minoritaires dans cet Etat ! Eux aussi en prennent alors conscience et le mouvement wallon se préoccupe dès lors de deux points : la protection du travailleur et la protection de la minorité wallonne. Deux peuples entrent en conflit et de part et d’autre on assiste à une inquiétante radicalisation. Léopold III est contraint d’abdiquer face au soulèvement wallon. Baudouin devient très jeune le nouveau souverain. Il aura un long règne : de 1951 à 1993 ; ce sera sans doute le roi le plus adoré des Belges et ce sans distinction linguistique.
A partir des années 1960, l’économie wallonne décline, à l’inverse de l’économie flamande qui ne cessera de prospérer.
De la fin de l’année 1967 au 31 mars 1968, les journaux transmettent l’évolution de la crise de Louvain, connue en Belgique francophone sous le nom de « Walen buiten » : les Flamands conscients de leur poids dans le pays voudraient l’imposer aux Francophones qui incarnent à leurs yeux l’époque révolue de la suprématie francophone qui a mené la vie dure au peuple flamand.
Les revendications flamandes pour la reconnaissance de leur patrimoine culturel et celles, wallonnes, pour une plus grande autonomie économique de la Wallonie, aboutissent en 1970 à la création de communautés et de régions auxquelles on attribue certaines compétences, qui appartenaient jusque là à l’Etat unitaire que constituait la Belgique. L’Etat ne sera explicitement qualifié de fédéral qu’en 1993, année de profondes réformes institutionnelles qui ont donné à l’Etat à peu près la forme que nous lui connaissons à présent. Cependant, si Francophones et Néerlandophones sont parvenus à un accord quant à la nouvelle forme des institutions belges, ils ne la perçoivent pas de la même façon. Tandis que les premiers y trouvent le parachèvement d’une restructuration issue de longues années de remises en question, les seconds y voient plutôt une étape vers autre chose… Mais vers quoi ? Probablement, un confédéralisme résiduel.
Depuis, réforme après réforme, gouvernement après gouvernement, l’Etat a accordé plus d’autonomie aux régions, ce qui a mené à la réduction du champ d’action du pouvoir fédéral. Ces transferts de compétences sont un casse-tête pour les entrepreneurs et ont un coût : la Belgique est un des pays avec le plus de ministres et de gouvernements par habitant ; ce point est l’un des arguments récurrents des partis séparatistes qui démontrent par là le disfonctionnement de l’Etat belge.

politique

Le clivage Nord-Sud se marque bien évidemment profondément dans la vie politique du pays. En effet, nous n’avons plus aucun grand parti qui offre un programme et des représentants communs à toutes les communautés belges. Si la vie politique est séparée en communautés, le dialogue entre celles-ci est automatiquement lésé, divergences d’opinion oblige. Dans une démocratie comme la nôtre, les partis politiques sont censés constituer les voix du peuple : s’ils ne s’entendent pas entre eux, s’ils n’ont pas un projet commun, il ira de même pour le peuple dont le pouvoir se limite aux urnes.

a) dislocation des trois principaux partis

Durant la crise de Louvain, les autorités religieuses catholiques sont malmenées. En conséquence, le Parti Social-Chrétien jusque là unitaire se scinde en 1972 en deux partis indépendants : il restera PSC en Belgique francophone jusqu’en 2002 (où il devient cdH), en Flandre le CVP deviendra en 2004 le CD&V, actuellement le parti le plus populaire en Flandre, au sens littéral du terme.
Le parti unitaire libéral portait le nom de Parti de la Liberté et du Progrès (en néerlandais : Partij voor Vrijheid en Vooruitgang). Il se partagera lui aussi en 1972 en deux ailes indépendantes qui garderont leurs noms respectifs : l’aile francophone sous les initiales PLP (futur PRL pour « Parti Réformateur Libéral », parti qui entrera dans la coalition du Mouvement Réformateur, le MR, qui englobe également le FDF et le MCC) et l’aile flamande sous les initiales PVV (qui en 1992 adoptera la dénomination de Vlaamse Liberalen en Democraten, le VLD).
Alors que le parti unitaire socialiste (PSB en français, BSP en flamand) avait tenu bon depuis 1885, il se sépare lui aussi, en 1978, pour donner naissance à deux partis indépendants : le PS et le SP qui deviendra sp.a en 2003.
Notez que les écologistes ne formeront que très peu de temps un parti unitaire, car les deux partis, AGALEV (devenu GROEN !) et ECOLO datent respectivement de 1979 et de 1980 : la logique politique encrée était donc déjà celle d’une distinction par communautés.
Néanmoins, suite aux longs mois de crise depuis juin 2007, les deux partis écologistes se présentent de plus en plus souvent en front commun et mettent en avant ce qui les rapproche. Le MR et le VLD ont également adopté cette attitude stratégique, même si dans leur cas elle est plus ténue. Le PS quant à lui a, en vain, tenté de faire la cour au sp.a, qui semble-t-il est bien décidé à rester dans l’ombre pour le moment.
Du reste la dislocation des partis a eu comme conséquence que les partis pensent et agissent en fonction de leur communauté et non plus en fonction de l’intérêt national.

b) les partis nationalistes

Les partis nationalistes wallons se sont principalement manifestés dans les années ’40 à ’50 avant de s’estomper avec l’affaiblissement économique wallon. De nos jours, le Rattachement Wallonie-France est le seul parti ayant un minimum d’ampleur qui prône la séparation de la Belgique.
Les partis politiques nationalistes flamands par contre ont une histoire beaucoup plus vaste que je vais tenter de résumer : je ne citerai que les partis qui ont eu une réelle influence dans l’histoire du pays.

Première constatation : alors que le mouvement flamand au XIXe siècle provenait de revendications en parallèle avec le mouvement ouvrier, il évolua au XXe siècle vers l’extrême droite, en inquiétantes structures de plus en plus organisées et présentant un penchant pour les idées nazies. En effet, la mise en avant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le sentiment d’écrasement par l’élite francophone, la nécessité de reconnaissance de l’identité flamande et le besoin d’appartenance à une communauté homogène étaient loin d’être incompatibles avec les revendications du mouvement nazi, qui promettait l’« épuration raciale ».
Le Verdinaso, créé en 1931, est le premier grand parti nationaliste et d’extrême-droite flamand. Le VNV, ou Vlaams Nationaal Verbond, fondé en 1933, défend la même idéologie et constituera 17 % des voix flamandes aux élections de 1939. On retiendra leur collaboration politique avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre Mondiale.
Affaiblis par l’après-guerre, ces deux partis feront place à la Volksunie, qui succède à la Christelijke Vlaamse Volksunie en 1954.
Deux mouvements issus de la Volksunie, le Vlaamse Volkspartij et le Vlaamse Nationale Partij, s’uniront pour donner naissance à un nouveau parti : le Vlaams Blok, devenu en 2004 après condamnation pour racisme, Vlaams Belang.
La VU implosera en 2001 et ses membres se disperseront dans toute la vie politique flamande. Certains s’intègrent aux partis déjà en place, d’autres créent deux nouveaux partis : Spirit et la N-VA qui hérite des infrastructures de la VU.

Remarquez l’évolution du nationalisme flamand : parti des milieux socialistes, il vire à l’extrême-droite avant de se fondre, tout récemment, en partis démocratiques plutôt centristes (bien que le Vlaams Belang demeure incontournable et d’extrême-droite). Ce mouvement n’est plus tabou, ni marginal, ni forcément violent, ni forcément radical.

c) partis autonomes… et cartels

Ces dernières années de vie politique sont marquées par la formation de cartels au Nord du pays. Deux grands partis démocrates flamands se sont ainsi présentés aux élections sur une liste commune avec leurs partis alliés régionalistes voire nationalistes (mais bel et bien démocrates) respectifs : les Flamands et les Bruxellois avaient donc le choix de voter pour les listes du sp.a-spirit ou de l’incontournable CD&V/N-VA.
Mais il fallait aussi compter parmi les grands partis le Vlaams Belang à la popularité sans cesse croissante et, récemment, la Lijst Dedecker au succès inattendu et présidée par Jean-Marie Dedecker, ex-VLD qui s’est vu refuser son adhésion à la N-VA par le veto du CD&V. Il est considéré comme un nationaliste radical populiste.
Le VLD (qui est en cartel avec la branche néerlandophone de Vivant, l’un des derniers partis unitaristes en Belgique, qui se présente donc également en communauté française et dans les cantons de l’Est) et GROEN ! ne s’allieront pas à des partis de ce type mais ils comptent dans leurs rangs des anciens de la VU.
Il est évident que cette infiltration politique de la part des séparatistes a un impact sur la population flamande, qui s’est depuis longtemps accoutumée à l’idée de séparatisme, présente un peu partout. L’omniprésence nationaliste a permis un climat de doute en Flandre quant au bien-fondé de l’Etat belge. De plus, le mouvement flamand est à présent capable de séduire une frange très importante de la population flamande car il a deux visages : c’est un mouvement qui peut se montrer « rebelle » et donner une impression de force, celui de la révolte contre l’oppression, mais qui peut aussi paraître plus « sage », plus réfléchi, plus calculé, plus rassurant peut-être.
A ce propos, on notera aussi le visage du Vlaams Belang tel qu’il est perçu en Flandre. Jouant sur l’émotionnel, il a ce caractère paternaliste bienveillant, celui qui réconforte, à l’image de son président Filip Dewinter, un vrai leader, sûr de lui, qui promet à son électorat plus de richesse, plus de sécurité, plus de Flandre, plus de confort et un avenir prospère pour leurs enfants. Que demander de plus ?

économie

L’éternel nerf de la guerre tient évidemment une très nette part dans le débat institutionnel. Depuis des années on a ressassé les oreilles flamandes au sujet des transferts financiers Nord-Sud. D’où l’obsession croissante au Nord de s’octroyer plus de droits sur l’argent produit en Flandre, et ce par des moyens très variés. Dans un pays libéral, le pouvoir de l’Etat en ce qui concerne les finances, demandez à Didier Reynders, réside principalement dans la gestion de la fiscalité.
La perception d’impôts est le déterminant de l’équilibre économique d’un pays. Si on scinde la fiscalité, on crée un déséquilibre, qui tourne naturellement à l’avantage de la région la plus riche.
Aujourd’hui, la Flandre veut étendre son autonomie fiscale. Elle aimerait notamment gérer l’impôt de ses sociétés. L’argent ainsi récolté pourrait, pourquoi pas, alléger les contributions flamandes. Les riches deviennent plus riches. Intéressant. Tentant.

emploi

Depuis longtemps déjà, les Flamands exigent une profonde réforme en matière d’emploi. Les raisons en sont multiples et, souvent, justifiées. Il faut accepter que les enjeux sur ce point sont tout à fait distincts au Nord et au Sud du pays et trouver les moyens de mieux administrer et de mieux gérer les budgets, car le système actuel s’avère parfois contradictoire et toujours problématique pour nos entrepreneurs. Une plus grande efficacité n’est possible que par la mise en place de politiques différentes au Nord et au Sud du pays.
D’ailleurs, malgré que les principales compétences dans ce domaine relèvent du fédéral, leur application et la mise à l’emploi diffèrent suivant les régions. En fait, les financements en la matière n’ont pas été départagés entre fédéral et régions de manière optimale, et ce dès le départ. La centralisation des compétences concernant l’emploi a défavorisé la compétitivité belge, faute de politiques adaptées aux particularités régionales.

L’emploi est devenu un enjeu social, économique et politique capital en Belgique. Il existe une réelle disproportion entre les parties francophones et néerlandophone. C’est un reproche flamand de longue date que les Wallons ont une attitude trop peu sévère à l’égard des chômeurs, attitude incarnée par le Parti Socialiste fréquemment pointé du doigt lorsqu’on évoque l’inertie wallonne.
Les allocations de chômage sont une compétence fédérale. Or, 52% du chômage se situe en Wallonie, contre 32% en Flandre (pour rappel, plus peuplée). Les Flamands connaissent des sanctions plus strictes que les Wallons (possibilité de perte des allocations de chômage en Flandre) et c’est ainsi qu’ils sont amenés à voir les francophones comme d’indéfectibles spoliateurs des caisses de l’Etat abondamment renflouées par les activités flamandes. De là à réclamer la scission de la sécurité sociale, il n’y a qu’un pas.
Aujourd’hui, la Wallonie compte 15% de demandeurs d’emploi, la Flandre un peu moins de 6%.

social

La revendication de la scission de la sécurité sociale provient donc de la volonté de se débarrasser de la « sangsue wallonne ». Mais la sécurité sociale, ce n’est pas qu’une solidarité entre travailleurs et chômeurs ; c’est aussi la solidarité entre actifs et pensionnés, entre personnes en bonne santé et malades, entre personnes ayant des revenus et personnes sans ressources, entre les familles sans enfants et celles avec enfants. Elle compense tantôt une perte de salaire, tantôt des charges sociales (frais de maladie, éducation d’enfants…). Les actifs paient des cotisations proportionnellement à leurs revenus et la collectivité représente une part importante de son financement. Les syndicats, les mutuelles et les organisations patronales co-décident des modalités du système.
De la sécurité sociale dépend le bien-être de la population car elle garantit, outre les allocations de chômage, les assurances maladies et les retraites, les assurances concernant les accidents de travail et les vacances annuelles par exemples.
La scission de la sécurité sociale est la porte ouverte à toutes les inégalités interrégionales. Evidemment les Flamands y gagneraient dans un premier temps. Mais, avec une population vieillissante, la Flandre fera avant la Wallonie et Bruxelles l’expérience qui attend tous les pays occidentaux : celle de faire face à un haut taux de pensionnés. Si elle rompt la solidarité sociale, la Flandre se lance le défi d’assurer dans quelques décennies des retraites décentes aux personnes âgées : il faudra donc que les actifs soient assez aisés que pour subvenir aux besoins de leurs aînés. Difficile d’établir des certitudes à ce sujet…

médias

Les médias ont acquis au fil des années toujours plus de pouvoir d’influence.
Concernant le séparatisme flamand, on peut invoquer deux paramètres : l’image donnée de la Wallonie d’une part et d’autre part la surmédiatisation des différentes crises qui a mené à une certaine exacerbation des points de vue.
Concernant l’image de la Wallonie : quand les médias flamands parlent de la Wallonie, ce n’est pas pour présenter une vitrine élogieuse de la région voisine, mais bien pour relater les faits qui y surviennent. De quoi l’actualité wallonne est-elle faite ces derniers temps ? Il y a eu les affaires de Charleroi, il y a eu l’augmentation du taux de chômage, les fermetures d’usines, les grèves (pourtant, contrairement aux idées reçues, les Flamands sont plus grévistes que les Wallons !), la criminalité, les manigances, et j’en passe. Les clichés exposent une région étrange, délabrée, louche.
Mais il faut aussi prendre le second paramètre en compte et les derniers mois de crise en sont l’exemple frappant ; les médias en ont fait leurs gros titres et ne parlaient finalement presque que de la politique belge. Enchaînant émissions spéciales, débats et reportages dérangeants, les chaînes de télévision qui constituent la première source d’information pour la plupart, ont mis le sujet institutionnel au cœur de toutes les conversations et de toutes les interrogations.
De plus, la presse nous a tous accoutumés à l’idée d’une possible scission et a mis en évidence un certain nombre de divergences entre Néerlandophones et Francophones.
Il en résulte deux conséquences. D’une part, un citoyen flamand n’a plus aucun souci à se déclarer ouvertement séparatiste. D’autre part, ceux qui jusque là ne se sentaient pas spécialement concernés, se forgent une opinion et vu la situation actuelle et ce qui se dit à son propos, notamment par des personnages charismatiques ou populaires, on peut aisément comprendre ce qui mène certains à se laisser séduire par une plus grande régionalisation.
Si les médias influent sur l’opinion publique, ils en sont aussi le reflet.

a) presse écrite

Trois grands groupes de journaux se répartissent le marché en Flandre. De Persgroep rencontre le plus de succès, avec 40 % de parts du marché, dont plus de 30 % grâce à Het Laatste Nieuws et De Nieuwe Gazet, des quotidiens populaires à tendance libérale. Le groupe Corelio représente 38 % des parts de marché dont 22 % pour Het Nieuwsblad et De Gentenaar, des quotidiens plus axés sur le sport et les informations régionales, et 9,2 % pour De Standaard, créé en 1918 et, à l’époque, grand défenseur du mouvement flamand et du catholicisme en Flandre, aujourd’hui très proche du CD&V.
Le slogan de De Standaard jusqu’à la fin des années nonante était le traditionnel « AVV VVK », c’est-à-dire « Alles Voor Vlaanderen, Vlaanderen Voor Kristus », initiales gravées sur la tour de l’Yser et qui traduisent une part non négligeable des mœurs flamandes (cependant, à ne pas généraliser bien sûr).
On ne peut pas parler d’une presse écrite flamingante ou nationaliste influente en Flandre, ni d’une incitation organisée au séparatisme, malgré quelques articles, çà et là, au contenu plus acéré. Par contre on peut dénoncer le manque de rapprochement entre les communautés, tant du point de vue des lecteurs que des rédactions.
Néanmoins, certains disent de la presse écrite flamande qu’elle alimente la logique autonomiste sans jamais s’intéresser au fond du problème.

b) service télévisuel et radiophonique

Au début, ce service était assuré par l’INR (Institut National de Radiodiffusion, NIR en néerlandais) créé en 1930. Les premières émissions néerlandophones datent de 1931. Suite à la loi Harmel, la RTB/BRT remplace l’INR/NIR en 1960 et est gérée par un conseil d’administration. C’est le roi qui désigne le directeur des programmes et elle comprend trois instituts : un institut pour la partie francophone, un autre pour la partie néerlandophone et un institut des services communs.
Suite aux réformes de 1970, la RTB et la BRT sont séparées, faisant partie des compétences de leurs Communautés respectives. Dès 1977, la RTB prend une initiale supplémentaire en devenant la RTBF. Ce n’est qu’en 1991 que la BRT deviendra BRTN, puis VRT en 1998.
Il n’y a maintenant quasiment plus de dialogue entre communautés par le biais de la télévision. Les quelques rares initiatives de rapprochement ne sont que trop peu suivies et tombent souvent rapidement dans l’oubli. Les journaux télévisés ne se préoccupent pas des mêmes sujets dès qu’on quitte les gros titres, préférant relater chacun de leur côté des informations régionales ciblées. Il faut attendre l’Eurovision ou le concours de Miss Belgique pour avoir une émission commune.
La télévision aura participé plus que tout autre média à l’aliénation d’une communauté par l’autre, et réciproquement.

c) résultat

Celui qui ne connaît pas personnellement un concitoyen de l’autre côté de la frontière linguistique et qui n’a pas l’habitude de la franchir, n’a que très peu de moyens pour apprécier l’autre communauté. La région sœur est dès lors aliénée et c’est cette aliénation, premier pas à toute forme de racisme, qui constitue le terreau propice au séparatisme.

le point de vue du patronat

« Nous avons besoin d’une plus grande autonomie fiscale et budgétaire. »
Ajoutez-y un léger accent flamand et la figure d’un homme à la tenue irréprochable – costume, cravate - et qui semble maîtriser la langue française mieux que n’importe quel ministre wallon : vous avez devant vous l’entrepreneur flamand type, celui qu’on nous montre à la télévision et qui remplit les pages des journaux.
En réalité, le patronat semble très partagé sur les questions institutionnelles. Certains sont séduits par les avantages à court terme (en matière de fiscalité principalement) qui donneraient un sérieux coup de pouce à leur entreprise, la rendant plus concurrente sur le marché européen, voire mondial. D’autres par contre visent une stabilité basée sur le long terme.
Ils tombent d’accord sur un point : le besoin de réformes en profondeur. En effet, le système actuel est un casse-tête monstrueux, car, outre des tracasseries administratives récurrentes, il peut arriver que pour un même domaine, deux pouvoirs soient compétents : parfois, les entrepreneurs reçoivent le feu vert de la part de leur région, mais l’interdiction du côté du pouvoir fédéral. Souvent, les patrons émettent le souhait qu’il y ait moins de responsables pour un même service.
C’est donc l’Etat qui met par son organisation des bâtons dans les roues de ses propres entrepreneurs, ceux-là même qui le font vivre. Il est évident qu’une Flandre indépendante rendrait le développement de ses entreprises plus aisé. Une aberration, une de plus, à corriger rapidement.

Par ailleurs, il est intéressant de se pencher sur le Groupe de réflexion In de Warande, composé de patrons assez influents en Flandre, et qui ont rédigé un manifeste, prônant la scission pure et simple de l’Etat belge en vue d’une économie naturellement plus compétitive de leur région. A sa publication, cet ouvrage a fait beaucoup de bruit et un anti-manifeste a fait contrepoids : Flandre-Wallonie, Je t’aime moi non plus, une brique de démonstrations statistiques appuyées de graphiques qui démontent les arguments du groupe. C’est une œuvre de Rudy Aernoudt, économiste et philosophe qui fut successivement chef de cabinet des ministres de l’économie wallon, fédéral et flamand.
Voici le résumé d’un article écrit par trois membres du CAIRN au sujet du manifeste du groupe de réflexion In de Warande.

En novembre 2005, le groupe de réflexion flamand In de Warande publiait son Manifeste pour une Flandre indépendante en Europe. Ce manifeste prône l’indépendance de la Flandre et, en corollaire, la disparition de l’État belge. Il dessine les contours de la future Flandre indépendante et décrit le destin qu’il assigne à Bruxelles, à la Wallonie et à la Communauté germanophone
Le ton, parfois arrogant, parfois paternaliste, parfois d’une naïveté presque émouvante lorsque le texte évoque les missions de la future Flandre indépendante, est le plus souvent celui du vainqueur, sûr de lui, qui fait la leçon au vaincu, parfois avec cynisme, mais sans jamais élever la voix.


http://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-2006-8-p-5.htm
Le manifeste du groupe In de Warande,
Giuseppe PAGANO, Miguel VERBEKE et Aurélien ACCAPUTO

L’écrivain, journaliste et philosophe gantois Marc Vandepitte, avance dans une interview sur ARTE début 2008 deux raisons au nationalisme du patronat. La première est qu’il organise la concurrence sur le marché du travail (régimes fiscaux, etc.) pour augmenter les profits et mettre en place ce qu’il appelle un agenda néolibéral et antisocial. La seconde est que la Flandre traditionnellement plus à droite et réactionnaire est moins militante que la Wallonie et le rapport de forces en Flandre est plus favorable pour imposer leur « agenda ».

ce qu'en disent les économistes

Si on ne peut mettre en doute le fait qu’une partie de la richesse produite par les activités flamandes serve au mieux-être des Wallons, ces derniers sont aussi les premiers acheteurs des produits flamands. Il est difficile de se procurer des chiffres de source sûre concernant la compensation ou non des transferts financiers mais, finalement, le problème n’est pas là. Les Flamands ont besoin de savoir si la Wallonie est prête à prendre son destin économique en mains parce que ces derniers temps, les fameux « financiële transfers » font les gros titres et titillent l’opinion publique : « Waarom zouden wij voor de Walen moeten betalen ? Wij werken toch voor dat geld. »
Il est une chose certaine : la Wallonie est à nouveau dans une phase d’expansion économique. Une étude récente du Financial Times affirme qu’elle est désormais la cinquième région la plus attractive pour les investisseurs en Europe (la Flandre est deuxième). Le redressement wallon est bien réel, le chômage s’est enfin mis à diminuer, l’entreprenariat et le niveau de qualification semblent en hausse, bien que des progrès conséquents doivent encore être accomplis. La région wallonne développe ses pôles d’activité, crée des zonings industriels, se spécialise et se diversifie dans la haute technologie, qui constitue le domaine d’avenir par excellence pour les industries d’Europe occidentale.
On peut également s’intéresser aux tableaux de l’INS (l’Institut National de Statistique) qui indiquent un vieillissement plus rapide de la population flamande qui a aussi un taux de natalité plus faible que la région du Sud. Néanmoins, ces chiffres ne montrent pas une distinction nette entre les trois régions du pays quant aux paramètres de natalité et d’âge moyen de la population ; elles suivent une même tendance générale. Le taux d’emploi devrait rester élevé dans les 50 prochaines années en Flandre et s’améliorer en Wallonie.
A partir de ces constatations, les économistes flamands sont un peu à l’image du patronat : certains voient en la scission de l’Etat belge une aubaine pour la Flandre, d’autres sont plus sceptiques. En fait, il semble que la situation géopolitique actuelle ne permette pas de gager sur les obstacles auxquels Flamands, Wallons et Bruxellois devront faire face dans un avenir plus ou moins proche.
Face à cette incertitude, les économistes rechignent à se prononcer clairement sur l’intérêt ou le désavantage de la Flandre à faire sécession, ce qui permet le climat de doute au sein de la population. Evidemment, certains partis et le Vlaams Belang en premier, utilisent une partie des statistiques pour conforter leur programme, alors que d’autres chiffres remettraient celui-ci en question…

Les économistes ne tombent pas non plus d’accord sur l’impact direct de l’indépendance de la Flandre : partage de la dette, citoyens travaillant à Bruxelles taxés à Bruxelles et plus en Flandre, image et place dans le monde, coût de la mise en place d’un nouvel Etat, et autres. Certains balaient ces craintes d’un revers de la main, mais aucun n’en prouve définitivement le sens ou le non-sens.

et la population flamande dans tout ça ?

Au comptoir des cafés, une pintje à la main, on se demande comment cela se fait que l’argent flamand parte en Wallonie. On a l’impression que les Wallons ne font pas assez d’efforts, qu’ils abusent de la générosité de leurs voisins du Nord.

Nous l’avons vu, de nombreux Flamands ont un fort sentiment d’appartenance à la Flandre plutôt qu’à la Belgique. Ils ont lutté pour l’affirmation de leur identité et aujourd’hui en Flandre on ne parle plus d’ambiance belge mais bien flamande. Cela s’explique par de nombreux facteurs : les médias, les politiques, la mode, les patois encore très présents, même les feux de signalisation font de l’atmosphère flamande une sorte de microclimat. D’ailleurs, d’aucuns ont affirmé que la Belgique constitue le berceau de la confrontation entre deux peuples, l’un de langue germanique, l’autre de langue romane.
Au Nord, on parle souvent de la crainte de la tache d’huile, de franstalige olievlek. On veut éviter à tout prix de perdre le terrain gagné il y a 70 ans, lorsque, rappelez-vous, la Flandre a été proclamée néerlandophone. Cette crainte explique le soutien populaire flamand dans les affaires telles que BHV et les communes à facilités. Les facilités sont l’objet de bien des incompréhensions ; au Nord on a compris que ce n’était l’affaire que de quelques années, le temps d’une bonne intégration, par contre les Francophones se sont petit à petit arrogés le droit de garder et de protéger leur langue en terrain flamand. Au gré des susceptibilités, les uns prennent cela comme un malentendu, les autres comme une offense. D’autres encore parlent de déclaration de guerre et fondent des comités comme le TAK, Taal Aktie Komitee, par exemple. On remarquera que ceux qui manifestent en arborant les drapeaux flamands et flamingants dans la périphérie bruxelloise sont pour la plupart originaires de régions non concernées par les enjeux de ces communes.

Bien sûr il y a les royalistes, certes un peu désuets, et les belgicains, mais dans l’ensemble, les Flamands n’ont pas vraiment de raisons à être attachés à la Belgique. Aussi, chez les jeunes, il est devenu complètement « ringard » de témoigner de la sympathie pour l’autre communauté. « Flamand » est une insulte fréquente dans les cours de récréation wallonnes du primaire comme du secondaire.
Néanmoins, ce serait aller trop vite que de parler d’une fougue séparatiste. La majorité des Flamands ne sont pas catégoriques sur la question et beaucoup s’en désintéressent, ce qui se traduit dans les spectacles des humoristes flamands qui critiquent la rigueur des politiques et leur caractère antipathique.
Ils critiquent également la perte d’identité belge : difficile d’encore trouver beaucoup de points communs entre Belges du Nord et du Sud. Il semble qu’il n’y ait rien de très concret à part quelques éléments d’architecture et d’infrastructure, et, bien sûr, nos habitudes culinaires : bière, chocolat et pommes de terre. Cela, au moins, restera.

conclusion

La Belgique ne fonctionne plus. L’unité qui a fait notre force jusqu’aux Golden Sixties encore, on ne la ressent plus vraiment. Les enjeux économiques ont conduit à un chacun pour soi peut-être regrettable. Parfois, on s’en mord les doigts mais une chose me paraît évidente : tous ceux qui ont fait ce pays, Wallons et Flamands, libéraux, chrétiens et socialistes, portent leur part de responsabilité dans la situation désolante de notre pays.
Cette crise aura en tout cas mis en lumière la différence qu’il y a entre les Flamands, les Bruxellois et les Wallons sur la conception même de l’Etat Belgique. Une différence d’opinion qui avait par ailleurs déjà été dénoncée par notre chaîne publique francophone, un certain 13 décembre 2006.
Un an plus tard, le sujet est brûlant, les inimitiés entre communautés se déclarent, chacun se familiarise à l’idée d’une séparation possible : c’est là un pas de géant qu’ont accompli les militants séparatistes, et ceux de la N-VA en particulier, avec à leur tête Bart De Wever, le nouveau visage du séparatisme flamand, qui a su jouer de son cartel pour mettre dans l’ombre le lion du Vlaams Belang, jusque là le seul parti séparatiste flamand à avoir inquiété les Francophones depuis la dislocation de la Volksunie en 2001. Un parti régionaliste, confédéraliste, voire séparatiste s'est donc assis à la table des négociations qui avaient pour but de former un gouvernement efficace afin de consolider l’Etat belge : une situation bien belge, mais qui jamais encore n’avait été aussi critique.

Le Nord et le Sud de notre pays ont-ils encore un avenir commun ? En tout cas à court terme leurs préoccupations ne sont plus les mêmes, c’est ce que nous avons mis trop de temps à comprendre. La Flandre est riche et plus libérale que jamais, avec un plein-emploi enregistré dans plusieurs de ses sous-régions ; la Wallonie souffre du chômage et de son image ternie. Elle conserve son esprit socialiste malgré que le Parti Socialiste se soit effondré suite aux affaires et à l’usure du pouvoir et qu’au mois de juin 2007 les urnes ont laissé la victoire au Mouvement Réformateur ; le gouvernement wallon est toujours de centre-gauche.
Les problèmes que rencontrent les trois régions de notre pays sont de natures différentes. Bruxelles se sent à l’étroit et voudrait voir l’avenir… en plus grand ; il lui faut un projet économique digne d’une capitale européenne. La Flandre a besoin de plus de liberté d’action pour profiter au mieux de son économie vigoureuse, sans avoir à tirer ce que d’aucuns ont appelé un « boulet financier » ; la Wallonie par contre, malgré une économie qui, revenant de loin, reprend des couleurs, a besoin d’un développement en matière d’emploi bien sûr, mais aussi d’infrastructure (ces deux enjeux sont, ne l’oublions pas, liés). Mais à présent les Flamands en ont assez de payer les pots cassés wallons et préféreraient plutôt investir op hun eigen grond.
Encore faut-il savoir à quoi correspond le sol flamand. Alors que la Région de Bruxelles-Capitale semble aujourd’hui bien distinguée de la région flamande, le problème se pose sur les communes à facilités linguistiques autour de la région bruxelloise, qui constituent le terrain de bataille communautaire par excellence, et le prétexte à toutes les attaques, tant d’un côté que de l’autre. Elles sont aussi un exemple de l’inefficacité des compromis d’antan.

A présent, il est nécessaire d’à nouveau réformer l’Etat. Mais espérons une réforme intelligente et réfléchie qui se base sur le long terme, sans quoi, les problèmes communautaires demeureront un bâton dans les roues du pays auquel finalement une majorité de nos concitoyens restent attachés.
Pour ce faire, il faudrait redonner vie à un avenir commun, rapprocher les communautés et entamer un dialogue durable : les médias auraient alors un rôle important à jouer. Il serait également bon d’introduire le principe d’une circonscription électorale nationale lors d’élections législatives pour que nos responsables politiques deviennent les délégués d’une nation et non d’une communauté d’individus en opposition avec l’autre.
Malheureusement, ces changements qui peuvent paraître essentiels pour une Belgique plus sereine relèvent sans doute de l’utopie.

Schématiquement, on pourrait définir la situation belge comme une précarité constante ; j’espère sincèrement qu’elle tiendra bon encore longtemps, notre belge fragilité, en cette terre du surréalisme, de l’absurde et de la convivialité.