20/03/08

conclusion

La Belgique ne fonctionne plus. L’unité qui a fait notre force jusqu’aux Golden Sixties encore, on ne la ressent plus vraiment. Les enjeux économiques ont conduit à un chacun pour soi peut-être regrettable. Parfois, on s’en mord les doigts mais une chose me paraît évidente : tous ceux qui ont fait ce pays, Wallons et Flamands, libéraux, chrétiens et socialistes, portent leur part de responsabilité dans la situation désolante de notre pays.
Cette crise aura en tout cas mis en lumière la différence qu’il y a entre les Flamands, les Bruxellois et les Wallons sur la conception même de l’Etat Belgique. Une différence d’opinion qui avait par ailleurs déjà été dénoncée par notre chaîne publique francophone, un certain 13 décembre 2006.
Un an plus tard, le sujet est brûlant, les inimitiés entre communautés se déclarent, chacun se familiarise à l’idée d’une séparation possible : c’est là un pas de géant qu’ont accompli les militants séparatistes, et ceux de la N-VA en particulier, avec à leur tête Bart De Wever, le nouveau visage du séparatisme flamand, qui a su jouer de son cartel pour mettre dans l’ombre le lion du Vlaams Belang, jusque là le seul parti séparatiste flamand à avoir inquiété les Francophones depuis la dislocation de la Volksunie en 2001. Un parti régionaliste, confédéraliste, voire séparatiste s'est donc assis à la table des négociations qui avaient pour but de former un gouvernement efficace afin de consolider l’Etat belge : une situation bien belge, mais qui jamais encore n’avait été aussi critique.

Le Nord et le Sud de notre pays ont-ils encore un avenir commun ? En tout cas à court terme leurs préoccupations ne sont plus les mêmes, c’est ce que nous avons mis trop de temps à comprendre. La Flandre est riche et plus libérale que jamais, avec un plein-emploi enregistré dans plusieurs de ses sous-régions ; la Wallonie souffre du chômage et de son image ternie. Elle conserve son esprit socialiste malgré que le Parti Socialiste se soit effondré suite aux affaires et à l’usure du pouvoir et qu’au mois de juin 2007 les urnes ont laissé la victoire au Mouvement Réformateur ; le gouvernement wallon est toujours de centre-gauche.
Les problèmes que rencontrent les trois régions de notre pays sont de natures différentes. Bruxelles se sent à l’étroit et voudrait voir l’avenir… en plus grand ; il lui faut un projet économique digne d’une capitale européenne. La Flandre a besoin de plus de liberté d’action pour profiter au mieux de son économie vigoureuse, sans avoir à tirer ce que d’aucuns ont appelé un « boulet financier » ; la Wallonie par contre, malgré une économie qui, revenant de loin, reprend des couleurs, a besoin d’un développement en matière d’emploi bien sûr, mais aussi d’infrastructure (ces deux enjeux sont, ne l’oublions pas, liés). Mais à présent les Flamands en ont assez de payer les pots cassés wallons et préféreraient plutôt investir op hun eigen grond.
Encore faut-il savoir à quoi correspond le sol flamand. Alors que la Région de Bruxelles-Capitale semble aujourd’hui bien distinguée de la région flamande, le problème se pose sur les communes à facilités linguistiques autour de la région bruxelloise, qui constituent le terrain de bataille communautaire par excellence, et le prétexte à toutes les attaques, tant d’un côté que de l’autre. Elles sont aussi un exemple de l’inefficacité des compromis d’antan.

A présent, il est nécessaire d’à nouveau réformer l’Etat. Mais espérons une réforme intelligente et réfléchie qui se base sur le long terme, sans quoi, les problèmes communautaires demeureront un bâton dans les roues du pays auquel finalement une majorité de nos concitoyens restent attachés.
Pour ce faire, il faudrait redonner vie à un avenir commun, rapprocher les communautés et entamer un dialogue durable : les médias auraient alors un rôle important à jouer. Il serait également bon d’introduire le principe d’une circonscription électorale nationale lors d’élections législatives pour que nos responsables politiques deviennent les délégués d’une nation et non d’une communauté d’individus en opposition avec l’autre.
Malheureusement, ces changements qui peuvent paraître essentiels pour une Belgique plus sereine relèvent sans doute de l’utopie.

Schématiquement, on pourrait définir la situation belge comme une précarité constante ; j’espère sincèrement qu’elle tiendra bon encore longtemps, notre belge fragilité, en cette terre du surréalisme, de l’absurde et de la convivialité.

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