20/03/08

le point de vue du patronat

« Nous avons besoin d’une plus grande autonomie fiscale et budgétaire. »
Ajoutez-y un léger accent flamand et la figure d’un homme à la tenue irréprochable – costume, cravate - et qui semble maîtriser la langue française mieux que n’importe quel ministre wallon : vous avez devant vous l’entrepreneur flamand type, celui qu’on nous montre à la télévision et qui remplit les pages des journaux.
En réalité, le patronat semble très partagé sur les questions institutionnelles. Certains sont séduits par les avantages à court terme (en matière de fiscalité principalement) qui donneraient un sérieux coup de pouce à leur entreprise, la rendant plus concurrente sur le marché européen, voire mondial. D’autres par contre visent une stabilité basée sur le long terme.
Ils tombent d’accord sur un point : le besoin de réformes en profondeur. En effet, le système actuel est un casse-tête monstrueux, car, outre des tracasseries administratives récurrentes, il peut arriver que pour un même domaine, deux pouvoirs soient compétents : parfois, les entrepreneurs reçoivent le feu vert de la part de leur région, mais l’interdiction du côté du pouvoir fédéral. Souvent, les patrons émettent le souhait qu’il y ait moins de responsables pour un même service.
C’est donc l’Etat qui met par son organisation des bâtons dans les roues de ses propres entrepreneurs, ceux-là même qui le font vivre. Il est évident qu’une Flandre indépendante rendrait le développement de ses entreprises plus aisé. Une aberration, une de plus, à corriger rapidement.

Par ailleurs, il est intéressant de se pencher sur le Groupe de réflexion In de Warande, composé de patrons assez influents en Flandre, et qui ont rédigé un manifeste, prônant la scission pure et simple de l’Etat belge en vue d’une économie naturellement plus compétitive de leur région. A sa publication, cet ouvrage a fait beaucoup de bruit et un anti-manifeste a fait contrepoids : Flandre-Wallonie, Je t’aime moi non plus, une brique de démonstrations statistiques appuyées de graphiques qui démontent les arguments du groupe. C’est une œuvre de Rudy Aernoudt, économiste et philosophe qui fut successivement chef de cabinet des ministres de l’économie wallon, fédéral et flamand.
Voici le résumé d’un article écrit par trois membres du CAIRN au sujet du manifeste du groupe de réflexion In de Warande.

En novembre 2005, le groupe de réflexion flamand In de Warande publiait son Manifeste pour une Flandre indépendante en Europe. Ce manifeste prône l’indépendance de la Flandre et, en corollaire, la disparition de l’État belge. Il dessine les contours de la future Flandre indépendante et décrit le destin qu’il assigne à Bruxelles, à la Wallonie et à la Communauté germanophone
Le ton, parfois arrogant, parfois paternaliste, parfois d’une naïveté presque émouvante lorsque le texte évoque les missions de la future Flandre indépendante, est le plus souvent celui du vainqueur, sûr de lui, qui fait la leçon au vaincu, parfois avec cynisme, mais sans jamais élever la voix.


http://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-2006-8-p-5.htm
Le manifeste du groupe In de Warande,
Giuseppe PAGANO, Miguel VERBEKE et Aurélien ACCAPUTO

L’écrivain, journaliste et philosophe gantois Marc Vandepitte, avance dans une interview sur ARTE début 2008 deux raisons au nationalisme du patronat. La première est qu’il organise la concurrence sur le marché du travail (régimes fiscaux, etc.) pour augmenter les profits et mettre en place ce qu’il appelle un agenda néolibéral et antisocial. La seconde est que la Flandre traditionnellement plus à droite et réactionnaire est moins militante que la Wallonie et le rapport de forces en Flandre est plus favorable pour imposer leur « agenda ».

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