Le clivage Nord-Sud se marque bien évidemment profondément dans la vie politique du pays. En effet, nous n’avons plus aucun grand parti qui offre un programme et des représentants communs à toutes les communautés belges. Si la vie politique est séparée en communautés, le dialogue entre celles-ci est automatiquement lésé, divergences d’opinion oblige. Dans une démocratie comme la nôtre, les partis politiques sont censés constituer les voix du peuple : s’ils ne s’entendent pas entre eux, s’ils n’ont pas un projet commun, il ira de même pour le peuple dont le pouvoir se limite aux urnes.
a) dislocation des trois principaux partis
Durant la crise de Louvain, les autorités religieuses catholiques sont malmenées. En conséquence, le Parti Social-Chrétien jusque là unitaire se scinde en 1972 en deux partis indépendants : il restera PSC en Belgique francophone jusqu’en 2002 (où il devient cdH), en Flandre le CVP deviendra en 2004 le CD&V, actuellement le parti le plus populaire en Flandre, au sens littéral du terme.
Le parti unitaire libéral portait le nom de Parti de la Liberté et du Progrès (en néerlandais : Partij voor Vrijheid en Vooruitgang). Il se partagera lui aussi en 1972 en deux ailes indépendantes qui garderont leurs noms respectifs : l’aile francophone sous les initiales PLP (futur PRL pour « Parti Réformateur Libéral », parti qui entrera dans la coalition du Mouvement Réformateur, le MR, qui englobe également le FDF et le MCC) et l’aile flamande sous les initiales PVV (qui en 1992 adoptera la dénomination de Vlaamse Liberalen en Democraten, le VLD).
Alors que le parti unitaire socialiste (PSB en français, BSP en flamand) avait tenu bon depuis 1885, il se sépare lui aussi, en 1978, pour donner naissance à deux partis indépendants : le PS et le SP qui deviendra sp.a en 2003.
Notez que les écologistes ne formeront que très peu de temps un parti unitaire, car les deux partis, AGALEV (devenu GROEN !) et ECOLO datent respectivement de 1979 et de 1980 : la logique politique encrée était donc déjà celle d’une distinction par communautés.
Néanmoins, suite aux longs mois de crise depuis juin 2007, les deux partis écologistes se présentent de plus en plus souvent en front commun et mettent en avant ce qui les rapproche. Le MR et le VLD ont également adopté cette attitude stratégique, même si dans leur cas elle est plus ténue. Le PS quant à lui a, en vain, tenté de faire la cour au sp.a, qui semble-t-il est bien décidé à rester dans l’ombre pour le moment.
Du reste la dislocation des partis a eu comme conséquence que les partis pensent et agissent en fonction de leur communauté et non plus en fonction de l’intérêt national.
b) les partis nationalistes
Les partis nationalistes wallons se sont principalement manifestés dans les années ’40 à ’50 avant de s’estomper avec l’affaiblissement économique wallon. De nos jours, le Rattachement Wallonie-France est le seul parti ayant un minimum d’ampleur qui prône la séparation de la Belgique.
Les partis politiques nationalistes flamands par contre ont une histoire beaucoup plus vaste que je vais tenter de résumer : je ne citerai que les partis qui ont eu une réelle influence dans l’histoire du pays.
Première constatation : alors que le mouvement flamand au XIXe siècle provenait de revendications en parallèle avec le mouvement ouvrier, il évolua au XXe siècle vers l’extrême droite, en inquiétantes structures de plus en plus organisées et présentant un penchant pour les idées nazies. En effet, la mise en avant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le sentiment d’écrasement par l’élite francophone, la nécessité de reconnaissance de l’identité flamande et le besoin d’appartenance à une communauté homogène étaient loin d’être incompatibles avec les revendications du mouvement nazi, qui promettait l’« épuration raciale ».
Le Verdinaso, créé en 1931, est le premier grand parti nationaliste et d’extrême-droite flamand. Le VNV, ou Vlaams Nationaal Verbond, fondé en 1933, défend la même idéologie et constituera 17 % des voix flamandes aux élections de 1939. On retiendra leur collaboration politique avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre Mondiale.
Affaiblis par l’après-guerre, ces deux partis feront place à la Volksunie, qui succède à la Christelijke Vlaamse Volksunie en 1954.
Deux mouvements issus de la Volksunie, le Vlaamse Volkspartij et le Vlaamse Nationale Partij, s’uniront pour donner naissance à un nouveau parti : le Vlaams Blok, devenu en 2004 après condamnation pour racisme, Vlaams Belang.
La VU implosera en 2001 et ses membres se disperseront dans toute la vie politique flamande. Certains s’intègrent aux partis déjà en place, d’autres créent deux nouveaux partis : Spirit et la N-VA qui hérite des infrastructures de la VU.
Remarquez l’évolution du nationalisme flamand : parti des milieux socialistes, il vire à l’extrême-droite avant de se fondre, tout récemment, en partis démocratiques plutôt centristes (bien que le Vlaams Belang demeure incontournable et d’extrême-droite). Ce mouvement n’est plus tabou, ni marginal, ni forcément violent, ni forcément radical.
c) partis autonomes… et cartels
Ces dernières années de vie politique sont marquées par la formation de cartels au Nord du pays. Deux grands partis démocrates flamands se sont ainsi présentés aux élections sur une liste commune avec leurs partis alliés régionalistes voire nationalistes (mais bel et bien démocrates) respectifs : les Flamands et les Bruxellois avaient donc le choix de voter pour les listes du sp.a-spirit ou de l’incontournable CD&V/N-VA.
Mais il fallait aussi compter parmi les grands partis le Vlaams Belang à la popularité sans cesse croissante et, récemment, la Lijst Dedecker au succès inattendu et présidée par Jean-Marie Dedecker, ex-VLD qui s’est vu refuser son adhésion à la N-VA par le veto du CD&V. Il est considéré comme un nationaliste radical populiste.
Le VLD (qui est en cartel avec la branche néerlandophone de Vivant, l’un des derniers partis unitaristes en Belgique, qui se présente donc également en communauté française et dans les cantons de l’Est) et GROEN ! ne s’allieront pas à des partis de ce type mais ils comptent dans leurs rangs des anciens de la VU.
Il est évident que cette infiltration politique de la part des séparatistes a un impact sur la population flamande, qui s’est depuis longtemps accoutumée à l’idée de séparatisme, présente un peu partout. L’omniprésence nationaliste a permis un climat de doute en Flandre quant au bien-fondé de l’Etat belge. De plus, le mouvement flamand est à présent capable de séduire une frange très importante de la population flamande car il a deux visages : c’est un mouvement qui peut se montrer « rebelle » et donner une impression de force, celui de la révolte contre l’oppression, mais qui peut aussi paraître plus « sage », plus réfléchi, plus calculé, plus rassurant peut-être.
A ce propos, on notera aussi le visage du Vlaams Belang tel qu’il est perçu en Flandre. Jouant sur l’émotionnel, il a ce caractère paternaliste bienveillant, celui qui réconforte, à l’image de son président Filip Dewinter, un vrai leader, sûr de lui, qui promet à son électorat plus de richesse, plus de sécurité, plus de Flandre, plus de confort et un avenir prospère pour leurs enfants. Que demander de plus ?
a) dislocation des trois principaux partis
Durant la crise de Louvain, les autorités religieuses catholiques sont malmenées. En conséquence, le Parti Social-Chrétien jusque là unitaire se scinde en 1972 en deux partis indépendants : il restera PSC en Belgique francophone jusqu’en 2002 (où il devient cdH), en Flandre le CVP deviendra en 2004 le CD&V, actuellement le parti le plus populaire en Flandre, au sens littéral du terme.
Le parti unitaire libéral portait le nom de Parti de la Liberté et du Progrès (en néerlandais : Partij voor Vrijheid en Vooruitgang). Il se partagera lui aussi en 1972 en deux ailes indépendantes qui garderont leurs noms respectifs : l’aile francophone sous les initiales PLP (futur PRL pour « Parti Réformateur Libéral », parti qui entrera dans la coalition du Mouvement Réformateur, le MR, qui englobe également le FDF et le MCC) et l’aile flamande sous les initiales PVV (qui en 1992 adoptera la dénomination de Vlaamse Liberalen en Democraten, le VLD).
Alors que le parti unitaire socialiste (PSB en français, BSP en flamand) avait tenu bon depuis 1885, il se sépare lui aussi, en 1978, pour donner naissance à deux partis indépendants : le PS et le SP qui deviendra sp.a en 2003.
Notez que les écologistes ne formeront que très peu de temps un parti unitaire, car les deux partis, AGALEV (devenu GROEN !) et ECOLO datent respectivement de 1979 et de 1980 : la logique politique encrée était donc déjà celle d’une distinction par communautés.
Néanmoins, suite aux longs mois de crise depuis juin 2007, les deux partis écologistes se présentent de plus en plus souvent en front commun et mettent en avant ce qui les rapproche. Le MR et le VLD ont également adopté cette attitude stratégique, même si dans leur cas elle est plus ténue. Le PS quant à lui a, en vain, tenté de faire la cour au sp.a, qui semble-t-il est bien décidé à rester dans l’ombre pour le moment.
Du reste la dislocation des partis a eu comme conséquence que les partis pensent et agissent en fonction de leur communauté et non plus en fonction de l’intérêt national.
b) les partis nationalistes
Les partis nationalistes wallons se sont principalement manifestés dans les années ’40 à ’50 avant de s’estomper avec l’affaiblissement économique wallon. De nos jours, le Rattachement Wallonie-France est le seul parti ayant un minimum d’ampleur qui prône la séparation de la Belgique.
Les partis politiques nationalistes flamands par contre ont une histoire beaucoup plus vaste que je vais tenter de résumer : je ne citerai que les partis qui ont eu une réelle influence dans l’histoire du pays.
Première constatation : alors que le mouvement flamand au XIXe siècle provenait de revendications en parallèle avec le mouvement ouvrier, il évolua au XXe siècle vers l’extrême droite, en inquiétantes structures de plus en plus organisées et présentant un penchant pour les idées nazies. En effet, la mise en avant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le sentiment d’écrasement par l’élite francophone, la nécessité de reconnaissance de l’identité flamande et le besoin d’appartenance à une communauté homogène étaient loin d’être incompatibles avec les revendications du mouvement nazi, qui promettait l’« épuration raciale ».
Le Verdinaso, créé en 1931, est le premier grand parti nationaliste et d’extrême-droite flamand. Le VNV, ou Vlaams Nationaal Verbond, fondé en 1933, défend la même idéologie et constituera 17 % des voix flamandes aux élections de 1939. On retiendra leur collaboration politique avec l’occupant nazi durant la seconde Guerre Mondiale.
Affaiblis par l’après-guerre, ces deux partis feront place à la Volksunie, qui succède à la Christelijke Vlaamse Volksunie en 1954.
Deux mouvements issus de la Volksunie, le Vlaamse Volkspartij et le Vlaamse Nationale Partij, s’uniront pour donner naissance à un nouveau parti : le Vlaams Blok, devenu en 2004 après condamnation pour racisme, Vlaams Belang.
La VU implosera en 2001 et ses membres se disperseront dans toute la vie politique flamande. Certains s’intègrent aux partis déjà en place, d’autres créent deux nouveaux partis : Spirit et la N-VA qui hérite des infrastructures de la VU.
Remarquez l’évolution du nationalisme flamand : parti des milieux socialistes, il vire à l’extrême-droite avant de se fondre, tout récemment, en partis démocratiques plutôt centristes (bien que le Vlaams Belang demeure incontournable et d’extrême-droite). Ce mouvement n’est plus tabou, ni marginal, ni forcément violent, ni forcément radical.
c) partis autonomes… et cartels
Ces dernières années de vie politique sont marquées par la formation de cartels au Nord du pays. Deux grands partis démocrates flamands se sont ainsi présentés aux élections sur une liste commune avec leurs partis alliés régionalistes voire nationalistes (mais bel et bien démocrates) respectifs : les Flamands et les Bruxellois avaient donc le choix de voter pour les listes du sp.a-spirit ou de l’incontournable CD&V/N-VA.
Mais il fallait aussi compter parmi les grands partis le Vlaams Belang à la popularité sans cesse croissante et, récemment, la Lijst Dedecker au succès inattendu et présidée par Jean-Marie Dedecker, ex-VLD qui s’est vu refuser son adhésion à la N-VA par le veto du CD&V. Il est considéré comme un nationaliste radical populiste.
Le VLD (qui est en cartel avec la branche néerlandophone de Vivant, l’un des derniers partis unitaristes en Belgique, qui se présente donc également en communauté française et dans les cantons de l’Est) et GROEN ! ne s’allieront pas à des partis de ce type mais ils comptent dans leurs rangs des anciens de la VU.
Il est évident que cette infiltration politique de la part des séparatistes a un impact sur la population flamande, qui s’est depuis longtemps accoutumée à l’idée de séparatisme, présente un peu partout. L’omniprésence nationaliste a permis un climat de doute en Flandre quant au bien-fondé de l’Etat belge. De plus, le mouvement flamand est à présent capable de séduire une frange très importante de la population flamande car il a deux visages : c’est un mouvement qui peut se montrer « rebelle » et donner une impression de force, celui de la révolte contre l’oppression, mais qui peut aussi paraître plus « sage », plus réfléchi, plus calculé, plus rassurant peut-être.
A ce propos, on notera aussi le visage du Vlaams Belang tel qu’il est perçu en Flandre. Jouant sur l’émotionnel, il a ce caractère paternaliste bienveillant, celui qui réconforte, à l’image de son président Filip Dewinter, un vrai leader, sûr de lui, qui promet à son électorat plus de richesse, plus de sécurité, plus de Flandre, plus de confort et un avenir prospère pour leurs enfants. Que demander de plus ?

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