Avant la Révolution belge, notre territoire était occupé par les Hollandais. Leur roi Guillaume impose le néerlandais à ses « territoires du Sud ». En 1830, la langue française est très répandue et appréciée auprès de la bourgeoisie et de la noblesse européennes, et ce fut l’évidence même que de proclamer le français unique langue officielle du Royaume de Belgique. Le français ne fut donc pas choisi en faveur des Wallons, qui de toute façon le comprenaient à peine mieux que les Flamands. Il est à noter que ces derniers ne comprenaient pas non plus la langue néerlandaise.
Alors que le petit peuple continuait à communiquer en patois wallons ou flamands, l’élite parlait donc le français, ayant en mains les destinées économiques et politiques du pays ; les bourgeois francophones flamands furent alors traités par les Flamands de Franskiljons (« petits français »). Les Flamands ne se sentaient pas équitablement représentés dans le royaume tant du point de vue culturel que politique.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Flandre est pauvre, voire sous-développée par rapport aux régions voisines, dont la Wallonie en plein essor industriel. C’est d’ailleurs avec des fonds wallons qu’ont été fondées des industries en Flandre, et que s’est développé le port d’Anvers par exemple. Durant cette période, bon nombre de flamands meurent de faim : certains mendient dans les villes, d’autres émigrent en Wallonie ou dans le Nord de la France, d’autres encore partent pour l’Amérique.
En 1898 seulement, le néerlandais est reconnu comme seconde langue officielle nationale. Le Nord du pays a un statut bilingue contrairement au Sud. En 1932, la région flamande est unilingue, alors que la région bruxelloise continue à se franciser. En pratique, l’administration et l’armée restent fortement francophones.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme flamand se renforce : les soldats flamands (majoritaires dans l’armée belge puisque majoritaires dans la population) avaient en effet trouvé dégradant que l’armée fût officiellement restée unilingue francophone. Aujourd’hui, les pèlerins de l’Yser nous le rappellent, sans pour autant être séparatistes : alors que durant la première Guerre Mondiale la Wallonie était occupée par l’armée de l’empire germanique, des troupes flamandes retranchées ont tenu bon, mais étaient dirigées par des francophones : c’est l’illustration du manque de reconnaissance francophone de la valeur du peuple flamand. Ce sentiment est resté dans les esprits, et fait partie de ce qu’on pourrait appeler l’héritage émotionnel des Flamands, majoritaires dans le pays, mais qui ont dû se battre pour faire reconnaître leur identité.
Tout ceci explique pourquoi de nos jours beaucoup de Flamands se sentent davantage flamands que belges.
La première illustration frappante des divergences d’opinion entre Nord et Sud du pays est sans doute le dénouement de la Question Royale en 1950 : en effet, la consultation populaire donne des résultats contraires de part et d’autre de la future frontière linguistique. 72 % des Flamands sont favorables à la reprise en fonctions de Léopold III, alors que 58 % des Wallons et une majorité des Bruxellois y sont opposés. Au final, ces résultats indiquent que 57,68 % des Belges ont voté pour le retour du Souverain : les Flamands se rendent alors compte qu’ils représentent la communauté la plus importante en Belgique ; les Francophones sont minoritaires dans cet Etat ! Eux aussi en prennent alors conscience et le mouvement wallon se préoccupe dès lors de deux points : la protection du travailleur et la protection de la minorité wallonne. Deux peuples entrent en conflit et de part et d’autre on assiste à une inquiétante radicalisation. Léopold III est contraint d’abdiquer face au soulèvement wallon. Baudouin devient très jeune le nouveau souverain. Il aura un long règne : de 1951 à 1993 ; ce sera sans doute le roi le plus adoré des Belges et ce sans distinction linguistique.
A partir des années 1960, l’économie wallonne décline, à l’inverse de l’économie flamande qui ne cessera de prospérer.
De la fin de l’année 1967 au 31 mars 1968, les journaux transmettent l’évolution de la crise de Louvain, connue en Belgique francophone sous le nom de « Walen buiten » : les Flamands conscients de leur poids dans le pays voudraient l’imposer aux Francophones qui incarnent à leurs yeux l’époque révolue de la suprématie francophone qui a mené la vie dure au peuple flamand.
Les revendications flamandes pour la reconnaissance de leur patrimoine culturel et celles, wallonnes, pour une plus grande autonomie économique de la Wallonie, aboutissent en 1970 à la création de communautés et de régions auxquelles on attribue certaines compétences, qui appartenaient jusque là à l’Etat unitaire que constituait la Belgique. L’Etat ne sera explicitement qualifié de fédéral qu’en 1993, année de profondes réformes institutionnelles qui ont donné à l’Etat à peu près la forme que nous lui connaissons à présent. Cependant, si Francophones et Néerlandophones sont parvenus à un accord quant à la nouvelle forme des institutions belges, ils ne la perçoivent pas de la même façon. Tandis que les premiers y trouvent le parachèvement d’une restructuration issue de longues années de remises en question, les seconds y voient plutôt une étape vers autre chose… Mais vers quoi ? Probablement, un confédéralisme résiduel.
Depuis, réforme après réforme, gouvernement après gouvernement, l’Etat a accordé plus d’autonomie aux régions, ce qui a mené à la réduction du champ d’action du pouvoir fédéral. Ces transferts de compétences sont un casse-tête pour les entrepreneurs et ont un coût : la Belgique est un des pays avec le plus de ministres et de gouvernements par habitant ; ce point est l’un des arguments récurrents des partis séparatistes qui démontrent par là le disfonctionnement de l’Etat belge.
Alors que le petit peuple continuait à communiquer en patois wallons ou flamands, l’élite parlait donc le français, ayant en mains les destinées économiques et politiques du pays ; les bourgeois francophones flamands furent alors traités par les Flamands de Franskiljons (« petits français »). Les Flamands ne se sentaient pas équitablement représentés dans le royaume tant du point de vue culturel que politique.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la Flandre est pauvre, voire sous-développée par rapport aux régions voisines, dont la Wallonie en plein essor industriel. C’est d’ailleurs avec des fonds wallons qu’ont été fondées des industries en Flandre, et que s’est développé le port d’Anvers par exemple. Durant cette période, bon nombre de flamands meurent de faim : certains mendient dans les villes, d’autres émigrent en Wallonie ou dans le Nord de la France, d’autres encore partent pour l’Amérique.
En 1898 seulement, le néerlandais est reconnu comme seconde langue officielle nationale. Le Nord du pays a un statut bilingue contrairement au Sud. En 1932, la région flamande est unilingue, alors que la région bruxelloise continue à se franciser. En pratique, l’administration et l’armée restent fortement francophones.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme flamand se renforce : les soldats flamands (majoritaires dans l’armée belge puisque majoritaires dans la population) avaient en effet trouvé dégradant que l’armée fût officiellement restée unilingue francophone. Aujourd’hui, les pèlerins de l’Yser nous le rappellent, sans pour autant être séparatistes : alors que durant la première Guerre Mondiale la Wallonie était occupée par l’armée de l’empire germanique, des troupes flamandes retranchées ont tenu bon, mais étaient dirigées par des francophones : c’est l’illustration du manque de reconnaissance francophone de la valeur du peuple flamand. Ce sentiment est resté dans les esprits, et fait partie de ce qu’on pourrait appeler l’héritage émotionnel des Flamands, majoritaires dans le pays, mais qui ont dû se battre pour faire reconnaître leur identité.
Tout ceci explique pourquoi de nos jours beaucoup de Flamands se sentent davantage flamands que belges.
La première illustration frappante des divergences d’opinion entre Nord et Sud du pays est sans doute le dénouement de la Question Royale en 1950 : en effet, la consultation populaire donne des résultats contraires de part et d’autre de la future frontière linguistique. 72 % des Flamands sont favorables à la reprise en fonctions de Léopold III, alors que 58 % des Wallons et une majorité des Bruxellois y sont opposés. Au final, ces résultats indiquent que 57,68 % des Belges ont voté pour le retour du Souverain : les Flamands se rendent alors compte qu’ils représentent la communauté la plus importante en Belgique ; les Francophones sont minoritaires dans cet Etat ! Eux aussi en prennent alors conscience et le mouvement wallon se préoccupe dès lors de deux points : la protection du travailleur et la protection de la minorité wallonne. Deux peuples entrent en conflit et de part et d’autre on assiste à une inquiétante radicalisation. Léopold III est contraint d’abdiquer face au soulèvement wallon. Baudouin devient très jeune le nouveau souverain. Il aura un long règne : de 1951 à 1993 ; ce sera sans doute le roi le plus adoré des Belges et ce sans distinction linguistique.
A partir des années 1960, l’économie wallonne décline, à l’inverse de l’économie flamande qui ne cessera de prospérer.
De la fin de l’année 1967 au 31 mars 1968, les journaux transmettent l’évolution de la crise de Louvain, connue en Belgique francophone sous le nom de « Walen buiten » : les Flamands conscients de leur poids dans le pays voudraient l’imposer aux Francophones qui incarnent à leurs yeux l’époque révolue de la suprématie francophone qui a mené la vie dure au peuple flamand.
Les revendications flamandes pour la reconnaissance de leur patrimoine culturel et celles, wallonnes, pour une plus grande autonomie économique de la Wallonie, aboutissent en 1970 à la création de communautés et de régions auxquelles on attribue certaines compétences, qui appartenaient jusque là à l’Etat unitaire que constituait la Belgique. L’Etat ne sera explicitement qualifié de fédéral qu’en 1993, année de profondes réformes institutionnelles qui ont donné à l’Etat à peu près la forme que nous lui connaissons à présent. Cependant, si Francophones et Néerlandophones sont parvenus à un accord quant à la nouvelle forme des institutions belges, ils ne la perçoivent pas de la même façon. Tandis que les premiers y trouvent le parachèvement d’une restructuration issue de longues années de remises en question, les seconds y voient plutôt une étape vers autre chose… Mais vers quoi ? Probablement, un confédéralisme résiduel.
Depuis, réforme après réforme, gouvernement après gouvernement, l’Etat a accordé plus d’autonomie aux régions, ce qui a mené à la réduction du champ d’action du pouvoir fédéral. Ces transferts de compétences sont un casse-tête pour les entrepreneurs et ont un coût : la Belgique est un des pays avec le plus de ministres et de gouvernements par habitant ; ce point est l’un des arguments récurrents des partis séparatistes qui démontrent par là le disfonctionnement de l’Etat belge.

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